Les anciennes du GNLI prennent la parole – Cinquième partie

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« Je voulais être beaucoup plus claire et percutante au moment de convaincre les autres »

 

Par Colin Parish
Rédacteur/éditeur au CII

 

 

Patsy Yates est une éminente professeure et la Directrice de l’École des sciences infirmières à la Queensland University of Technology, dans le Queensland (Australie). En 2018, elle est devenue Présidente de l’International Society of Nurses in Cancer Care (ISNCC), qui est affiliée au CII. La professeure Yates a intégré la Global Nursing Leadership Initiative (GNLI)TM du CII en 2018, pour se perfectionner dans l’élaboration des politiques relatives à son travail quotidien et dans son rôle de présidente de l’ISNCC.

Le GNLI est un programme de leadership stratégique, qui prépare des infirmières très expérimentées dans le monde à mener des politiques qui améliorent la santé des personnes, les soins de santé et font avancer la profession infirmière.

« Lorsque je me suis portée candidate à ce programme, mes principaux objectifs étaient de pouvoir convaincre de façon plus efficace », a déclaré la professeure Yates. « J’ai occupé des postes de haute direction, j’ai siégé à des conseils d’administration et à des comités d’orientation. Je ressentais en permanence que même si je savais ce qu’il fallait faire, le message ne passait pas toujours très clairement. Participer à ce programme m’a vraiment permis de m’affiner et m’a insufflé cette assurance pour convaincre les autres. »

Elle estime que le fait de faire entendre sa voix au plus haut niveau en matière de politiques permet de lever les obstacles auxquels se heurtent les infirmières et d’obtenir de meilleurs résultats pour les patients.

« Si vous êtes capables de peser sur le système dans son ensemble, la contribution des soins infirmiers peut être beaucoup plus importante et certains des obstacles systémiques nous empêchant d’obtenir de bons résultats pour nos patients peuvent être éliminés. »

Dans son nouveau rôle de Présidente de l’ISNCC, la professeure Yates collabore avec des collègues des pays parmi les plus riches et les plus pauvres du monde et c’est une expérience nouvelle pour elle. « Je savais que le CII est une organisation importante permettant de développer des partenariats et le programme du GNLI m’a donné une excellente occasion de les mettre en œuvre, d’en apprendre davantage sur l’Organisation mondiale de la Santé et de rencontrer des infirmières du monde entier pouvant être de bons alliés et des partenaires en vue de mon objectif d’améliorer les soins infirmiers en cancérologie. »

Elle a révélé que cela avait été une décision délicate de suivre le programme, en raison notamment du temps et de l’engagement financier – elle a dû se rendre en Suisse depuis l’Australie pour participer à l’atelier d’une semaine sur place. Mais elle a trouvé l’expérience enrichissante et utile.

« J’ai trouvé le programme très utile. Je suis absolument satisfaite de l’occasion qui m’a été donnée. On nous a demandé de réfléchir à nos objectifs avant d’intégrer le programme, ce qui nous a aidés à cibler nos intentions. »

« Sur place, tous les aspects du programme ont été bénéfiques : même si certains éléments n’étaient pas foncièrement nouveaux, la possibilité d’évaluer de façon plus pointue où l’on se situe, constituait une partie très importante de celui-ci. Les relations personnelles, ainsi que l’apprentissage, les connaissances et l’acquisition de compétences, de même que les liens que vous établissez – c’était fabuleux ! »

Elle a confié que les facilitateurs étaient forts pour pousser les participants à formuler leurs messages d’une manière permettant de mieux convaincre les parties prenantes essentielles.

« Cela nous a beaucoup aidé à réfléchir sur ce peuvent être les grilles de lecture des autres personnes et la façon dont nous pourrions être amenés à ajuster notre approche en fonction d’elles. » « Le plus dur pour moi a été de m’extraire de ce que je connaissais du monde australien et de prendre la mesure des défis auxquels les infirmières sont confrontées dans différentes parties du monde. Les solutions que je trouvais évidentes ne l’étaient pas pour certaines de mes collègues. On se remet en question lorsque l’on pense à tout ce travail à accomplir pour obtenir de bons résultats de santé à travers le monde. »

La professeure Yates a révélé que le programme du GNLI lui a permis de mieux comprendre les processus d’élaboration des politiques. « Je dispose désormais de cadres solides et de données probantes pour aiguiller les processus d’élaboration des politiques. J’ai affiné mes connaissances et je me sens plus en confiance pour y parvenir. Je cerne mieux qui sont certains des principaux acteurs et des parties prenantes dans le domaine des soins infirmiers à l’échelle internationale et j’ai noué d’excellentes relations avec des collègues du monde entier. »

Elle a expliqué que l’un des principaux enseignements tirés du programme a été d’apprendre à formuler les messages d’une façon qui englobe les intérêts des autres parties prenantes essentielles au processus d’élaboration des politiques.

Dans toute instance de prise de décision, il y a autant de points de vue que de parties prenantes. En abordant ces différents points de vue, il est possible de délivrer un message exprimant clairement vos objectifs, tout en mettant en avant les avantages que peuvent en tirer les différentes parties prenantes.

« À titre d’exemple, nous avons travaillé sur un projet collectif visant à faire adopter des politiques de lutte antitabac à plus grande échelle. Nous avons réalisé ce projet collectif, puis nous avons pris du recul et nous nous sommes interrogés : « Si j’étais celui qui décide, en quoi cela pourrait-il m’intéresser ? »

« Aussi, nous nous sommes penchés sur notre argumentaire et sur la façon dont nous le présenterions à un directeur de service. Le message pourrait être différent sous l’angle des résultats pour la santé et pour les services de santé ; il pourrait être traité en termes d’économies et d’hospitalisations. Cela nous a vraiment aidé à réfléchir aux résultats auxquels les différentes personnes souhaitent aboutir. »

À l’issue du programme, les participants ont été invités à se pencher sur ce qu’ils feront différemment lorsqu’ils participeront à l’élaboration des politiques. Pour la professeure Yates, il s’agit avant tout d’être entendue et écoutée.

« Pour toutes sortes de raisons, les infirmières sont susceptibles de ne pas être conviées [lorsque l’on débat des politiques]. En ce qui me concerne, j’y étais parfois présente, mais je n’avais pas toujours le sentiment d’être entendue – et la problématique femmes-hommes n’y était peut-être pas étrangère. Le GNLI m’a fait réaliser que je voulais être beaucoup plus claire et percutante dans la façon dont je voulais convaincre. »

Elle souhaite rester en contact avec les membres de son groupe du GNLI, non seulement du fait des liens d’amitié tissés, mais aussi de la diversité d’expérience et d’expertise vécues. « L’infirmière en chef du Queensland a été admise au programme et un autre collègue professeur m’a révélé que sa candidature a été acceptée. Il m’a demandé si j’estimais que cela valait la peine et j’ai répondu : ‘Oui, naturellement.’ Recommanderais-je le programme du GNLI à d’autres personnes ? Bien sûr, et d’ailleurs je l’ai recommandé. »

 

Ecouter le Prof. Patsy Yates: