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Journée internationale des infirmières: Étude de cas de la semaine

25 Février 2020


Nurses Concern for Adolescents : Ouganda

Collaboratrice : Juliet Kigonya

Juliet Kigonya a perdu ses parents très tôt : son père est décédé alors qu’elle n’avait qu’un an et sa mère a disparu trois ans plus tard. La maladie de sa mère avait duré longtemps : à quatre ans seulement, Juliet était déjà consciente du fléau qui ravageait son pays et rendait difficile l’accès aux services médicaux.

« Nous étions privés de médicaments, les institutions de santé ne fonctionnaient pas et il n’y avait pas de personnels de santé. Même à l’hôpital de Lubaga, où l’on finit par m’amener, pratiquement toutes les structures étaient détruites », se rappelle Juliet.

La vision de sa mère incapable de parler et de bouger sur son lit de mort fut dramatique pour Juliet. C’est beaucoup plus tard seulement, lorsque quelqu’un lui suggéra de devenir comptable, qu’elle comprit toute l’influence que cette expérience avait eue sur son choix de carrière.

« Pourquoi comptable ? Je veux soigner les personnes malades, à cause de ce que ma mère a souffert. »

Sa première étape fut l’école d’infirmières de Mengo. Deux ans plus tard, son certificat en poche, elle était embauchée par l’hôpital de Mengo. Une présentation de l’École Aga Khan d’infirmières et de sages-femmes l’incita ensuite à poursuivre ses études pour obtenir un diplôme en soins infirmiers. À son arrivée sur le campus, sa surprise fut grande :

« Ce qui m’a surprise, c’est que nous pouvions discuter avec les enseignantes comme si c’étaient de vieilles amies. Elles n’exigeaient pas que nous leur donnions tous leurs titres en leur adressant la parole. Cela m’a beaucoup touchée. J’ai aussi apprécié de pouvoir travailler pendant mes études, étant donné que je n’avais pas de quoi payer les frais d’inscription. Heureusement, une bourse de Johnson & Johnson m’a un peu facilité la tâche. »

Certains enseignements furent une révélation pour Juliet. « Pendant le module d’études communautaires, j’ai été frappée par la description des problèmes de santé sexuelle et procréative que l’on rencontre au niveau communautaire et que nous décrivait la chargée de cours. Je me demandais toujours pourquoi nous passions tellement de temps à l’hôpital plutôt que d’aller sur le terrain pour régler tous ces problèmes. »

Pendant l’une des visites dans la communauté, Mme Kigonya fit la connaissance d’une jeune fille victime d’agression sexuelle et infectée au VIH par un motocycliste. Malgré leurs interventions, Juliet et son équipe ne parvinrent pas à sauver cette jeune fille.

Cet événement décisif poussa Mme Kigonya à créer le « Nurses’ Concern for Adolescents », un service dont l’objectif est de prendre en charge les problèmes de santé sexuelle et procréative des jeunes. Mme Kigonya était fermement décidée à ce que la structure soit gérée par des personnels infirmiers.

« Les infirmières sont souvent perçues comme dures et impatientes. Je voulais que les gens sachent qu’il y a de bonnes infirmières, capables de comprendre et de partager leurs préoccupations. »

Depuis son ouverture en 2012, le « Nurses’ Concern for Adolescents » s’est rendu dans des écoles de Wakiso et de Kampala pour discuter avec les jeunes de leur éducation à la vie sexuelle et procréative et pour les sensibiliser aux risques de la consommation de stupéfiants. Les résultats sont encourageants.

« Des jeunes m’ont appelée à 3 heures du matin après avoir eu des relations sexuelles non protégées. Je les ai amenées à l’hôpital pour un dépistage du VIH et une prophylaxie post-exposition – Dieu merci ces services existent maintenant. D’autres jeunes filles nous parlent des avortements dangereux qu’elles ont subis et nous leur donnons des conseils. »

Les infirmières scolaires profitent elles aussi des services du « Nurses’ Concern for Adolescents ».

« Avec le soutien du Ministère de la santé et de l’Ordre des infirmières et sages-femmes de l’Ouganda, j’organise des ateliers pour améliorer l’éthique et le professionnalisme chez les personnels infirmiers affectés aux écoles. Nous donnons aux infirmières les compétences nécessaires pour gérer les problèmes de santé des adolescents. À partir du moment où les jeunes savent qu’ils peuvent faire confiance aux infirmières, notre travail devient encore plus efficace. »

Pendant sa première année à l'école de Mengo, Mme Kigonya a été élue porte-parole nationale des élèves en soins infirmiers. Aujourd'hui, sa détermination à réduire les grossesses précoces, les infections au VIH et la toxicomanie chez les adolescents est inébranlable. Grâce à son leadership, d'autres infirmières ont trouvé un but et elle encourage les autres à suivre son exemple.