Le président du Conseil International des Infirmières (CII), le Dr José Luis Cobos, a rencontré à Madrid la ministre espagnole de la Santé et représentante européenne au Conseil exécutif de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Mónica García. Au cours de cette réunion, ils ont abordé les principaux défis qui menacent le secteur : la grave pénurie d'infirmières, les inégalités dans les processus de recrutement internationaux et la recrudescence des attaques contre les services de santé, en particulier dans les zones de conflit.
Le Dr Cobos a fait part à la ministre de ses profondes préoccupations concernant la violence à laquelle sont confrontés les infirmiers et infirmières, « tant dans les zones de conflit que dans des situations à plus petite échelle, y compris les agressions dont ils et elles sont victimes au sein des systèmes de santé », soulignant la récente lettre adressée par le CII au secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, appelant à des mesures immédiates pour mettre fin aux attaques contre les soins de santé.
Le président du CII a également souligné l'impact de la campagne #NursesforPeace et du Fonds humanitaire du CII, qui soutiennent les infirmières en première ligne dans les zones de crise telles que Gaza, l'Ukraine, le Soudan et de nombreuses autres régions, et qui ont été reconnus par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la santé.
Le Dr Cobos et la ministre espagnole ont également discuté du programme « Leadership infirmier pour la réponse aux crises et le relèvement » (NLCRR) du CII, qui aide les infirmières à renforcer leur leadership dans les situations de conflit ou de catastrophe.
Le président a souligné l'importance du rapport 2025 sur l'état des soins infirmiers dans le monde (SOWN 2), coprésidé par le CII et l'OMS, qui fait état d'une pénurie grave et persistante de près de 6 millions d'infirmières dans le monde. Le président du CII a également salué le soutien de l'Espagne à la prolongation jusqu'en 2030 des Orientations stratégiques mondiales pour les soins infirmiers et obstétricaux, approuvées par l'Assemblée mondiale de la santé.
Abordant la question des inégalités en matière de santé dans le monde, le Dr Cobos a averti que les pratiques de recrutement internationales inégales et injustes constituent un problème grave qui peut priver les pays les plus vulnérables sans personnel infirmier suffisant de tout retour sur leur investissement dans la formation de ce personnel. Il a souligné un manque évident de réciprocité dans la compensation accordée à ces pays pour la perte de leurs professionnels.
Le président du CII s'est également dit préoccupé par le fait que l'importance vitale des professionnels de la santé est négligée dans les forums multilatéraux, déclarant : « Les travailleurs de la santé, en particulier les infirmières, n'ont pas fait l'objet d'une attention suffisante, y compris lors de la dernière Assemblée générale des Nations Unies. Par exemple, la Déclaration politique des Nations Unies sur les maladies non transmissibles (MNT) ne reconnaît pas suffisamment l'importance des professionnels de la santé dans la lutte contre ces maladies, et le rapport de l'OMS sur les meilleurs investissements en matière de MNT ne reconnaît pas les infirmières et les agents de santé comme l'un de ces investissements prioritaires, alors qu'ils sont en première ligne pour dispenser les traitements. »
La conversation avec la ministre a également porté sur la réorganisation interne en cours à l'OMS, marquée par des coupes budgétaires et la fusion des départements des soins infirmiers, du personnel de santé et de l'Académie de l'OMS. Le Dr Cobos a tiré la sonnette d'alarme, estimant que ces changements pourraient réduire la visibilité, le leadership et l'impact stratégique des soins infirmiers au sein de l'OMS, déclarant : « Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de perdre les progrès que nous avons accomplis ces dernières années ».
Enfin, le président du CII a réitéré sa volonté de continuer à travailler en étroite collaboration avec le ministre dans le but de renforcer le leadership infirmier, de promouvoir un personnel de santé éthique et durable et de faire progresser la résilience des systèmes de santé.