À la suite du Rapport mondial sur le cancer de l’OMS, des responsables internationaux des soins infirmiers et des soins palliatifs appellent à un investissement urgent dans les effectifs pour répondre aux besoins croissants pour la lutte contre le cancer

OMS
24 Juillet 2026
WHO Cancer Report

Déclaration commune relative au Rapport mondial sur la situation du cancer 2026 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)

S’appuyant sur les données présentées dans le récent Rapport mondial sur le cancer 2026 de l’OMS, le Conseil International des Infirmières (CII), la Société internationale des infirmières contre le cancer (ISNCC) et le Réseau international des soins palliatifs pour enfants (ICPCN) exhortent les dirigeants à investir dans le personnel infirmier et de santé, et à le protéger, afin de renforcer de toute urgence les systèmes de santé et d’améliorer les résultats de la lutte contre le cancer tout au long du continuum des soins.

Le CII, l’ISNCC et l’ICPCN saluent le message clair du rapport, selon lequel l’avenir des soins contre le cancer ne reposera pas uniquement sur les médicaments et les technologies, mais aussi sur les professionnels de santé qui constituent la colonne vertébrale des soins. Nous affirmons que, pour relever les défis les plus urgents liés au cancer à l’échelle mondiale, il est indispensable d’investir dans les infirmières et les équipes pluridisciplinaires, de remédier aux pénuries de personnel et à l’épuisement professionnel, et de s’éloigner des modèles excessivement médicalisés pour s’orienter vers des soins de santé équitables et centrés sur la personne, couvrant la prévention, le traitement, l’accompagnement des survivants, la réadaptation et les soins palliatifs.

L’ampleur du défi exige une action urgente

Le rapport de l’OMS met en évidence, avec une urgence criante, le fardeau mondial croissant du cancer. Sans intervention rapide, le nombre annuel de nouveaux cas de cancer pourrait presque doubler d’ici à 2050 pour atteindre 35 millions. Une personne sur cinq développera un cancer au cours de sa vie, et environ 92 % de la population mondiale sera touchée par le cancer, soit directement, soit par l’intermédiaire de membres de sa famille, soit en tant qu’aidante.

Pourtant, le monde accuse un retard dans les investissements nécessaires aux systèmes de santé et aux effectifs de santé pour relever ces défis. Selon le rapport, seuls douze pays sont actuellement en voie d’atteindre l’objectif de développement durable visant à réduire d’un tiers la mortalité prématurée due au cancer.

Le rapport met également en évidence de profondes inégalités dans les résultats liés au cancer, tant entre les pays qu’au sein même de ceux-ci. Le taux de survie à cinq ans du cancer du sein s’élève à 87 % dans les pays à revenu élevé, contre 42 % dans de nombreux pays à faible revenu. En ce qui concerne les cancers de l’enfant, les taux de survie dans les pays à revenu élevé sont également près de deux fois supérieurs à ceux observés dans de nombreux pays à faible revenu. Ces disparités inacceptables reflètent un accès inégal à la prévention, au dépistage précoce, au diagnostic, au traitement et aux soins prodigués par des professionnels de la santé qualifiés, notamment des infirmières.

Le CII, l’ISNCC et l’ICPCN soulignent que l’alourdissement du fardeau du cancer, l’incapacité mondiale à atteindre les objectifs fixés en matière de lutte contre le cancer et les inégalités criantes en matière de survie conduisent tous à la même conclusion : les gouvernements doivent agir dès maintenant pour mettre en place des systèmes de santé plus solides, mieux dotés en personnel et plus équitables, et garantir des soins de qualité pour tous.

Au-delà des modèles médicalisés : une lutte contre le cancer centrée sur la personne est d’abord une question d’effectifs de santé

Le rapport souligne que la lutte contre le cancer nécessite une transformation des systèmes de santé, qui doivent s’éloigner de services axés sur la maladie pour s’orienter vers des approches intégrées et centrées sur la personne, répondant aux réalités des patients, des familles et des aidants à chaque étape du parcours de soins et « accordant autant d’importance aux soins qu’à la guérison ».

Le CII, l’ISNCC et l’ICPCN souscrivent au constat du rapport selon lequel « des plans sans les personnes ne sont pas de véritables plans » : la lutte contre le cancer ne peut aboutir sans les personnes qui la mettent en œuvre. L’efficacité de la prévention, du traitement et des soins liés au cancer dépend d’équipes pluridisciplinaires qualifiées et soutenues, comprenant des infirmières à tous les niveaux.

Les conclusions du rapport concernant les pénuries de personnel de santé spécialisé dans les soins contre le cancer, l’épuisement professionnel, les faibles taux de fidélisation et l’attrition font écho à ce que le CII et l’ISNCC soulignent depuis longtemps : sans investissement soutenu et immédiat dans les ressources humaines pour la santé, la qualité, la sécurité et la continuité des soins, ainsi que l’accès en temps opportun aux soins contre le cancer, sont menacés.

Pas de stratégie de lutte contre le cancer sans infirmières

Le CII plaide depuis longtemps en faveur d’une transformation des systèmes de santé vers des soins intégrés et centrés sur la personne. Cette transformation exige d’investir dans la formation en soins infirmiers, la fidélisation et l’autonomisation des infirmières, ainsi que de leur permettre d’exercer pleinement dans leur domaine de pratique.

Le président du CII, José Luis Cobos Serrano, a déclaré :

« Le titre du rapport, L’avenir que nous choisissons ensemble, est tout à fait pertinent. Nous ne pouvons plus accepter des décès évitables, des inégalités dans les résultats de santé et des conditions de travail inacceptables pour les professionnels de santé. Il est temps de choisir un avenir dans lequel les soins contre le cancer sont équitables, centrés sur la personne et accessibles, et dans lequel le personnel infirmier et de santé bénéficie d’un soutien sans faille et des moyens d’agir pleinement.

Les infirmières et les infirmiers constituent la plus grande composante du personnel de santé. Ils figurent parmi les professionnels de santé auxquels la population accorde le plus sa confiance et représentent souvent le point de contact le plus précoce, le plus fréquent et le plus constant pour les personnes touchées par le cancer. Tout au long du parcours de soins contre le cancer, ils assurent l’éducation à la prévention, la vaccination, le dépistage, la détection précoce, l’accompagnement thérapeutique, le soutien psychosocial, la réadaptation, la coordination des soins et les soins palliatifs. »

« Les dirigeants doivent choisir de renforcer durablement le rôle des infirmières au moyen de plans de développement du personnel infirmier dotés de ressources financières adéquates, d’effectifs suffisants pour garantir la sécurité des soins, de conditions de travail décentes, ainsi que de possibilités de formation continue et d’accès à des fonctions de direction. C’est ainsi que les infirmières pourront transformer les systèmes de santé afin d’offrir des soins plus précoces, d’améliorer les résultats de santé, de réduire la souffrance et de préserver la dignité à chaque étape du parcours de soins. »

Les soins infirmiers spécialisés en oncologie sont essentiels à la qualité, à la sécurité et à l’équité des soins

Le rapport de l’OMS reconnaît la complexité croissante des soins oncologiques, notamment en raison des progrès rapides réalisés dans les domaines du diagnostic, des traitements systémiques, de la radiothérapie, des outils numériques et des soins de soutien. Dans ce contexte, l’expertise spécialisée en oncologie revêt une importance cruciale.

Lena Sharp, présidente de l’ISNCC, a déclaré :

« Les infirmières spécialisées en oncologie jouent un rôle essentiel en traduisant les avancées dans le traitement du cancer en soins sûrs, efficaces et empreints de compassion.

Les expériences décrites dans le rapport doivent guider l’action. Les personnes atteintes d’un cancer ne sont pas seulement confrontées à un diagnostic ; beaucoup doivent également faire face à la peur, à des difficultés financières, à une détresse psychologique, à des services fragmentés et à l’incertitude quant à l’avenir. Les infirmières spécialisées en oncologie sont souvent les professionnelles qui accompagnent les patients et leurs familles tout au long de ce parcours, en expliquant les traitements, en prenant en charge les symptômes et en aidant les personnes à s’orienter dans des systèmes de santé complexes et à prendre des décisions éclairées concernant leur santé.

Les gouvernements et les systèmes de santé doivent investir dans la formation en soins infirmiers oncologiques, le développement professionnel continu, les rôles d’infirmière de pratique avancée (IPA), les services dirigés par des infirmières et le leadership infirmier dans l’élaboration des politiques de lutte contre le cancer. Chaque service d’oncologie devrait disposer d’équipes pluridisciplinaires pleinement opérationnelles intégrant l’expertise infirmière, car la qualité des soins oncologiques dépend de l’ensemble de l’équipe. »

Les soins palliatifs constituent un élément central de la prise en charge du cancer, y compris chez les enfants

L’accent mis par le rapport de l’OMS sur l’ensemble du parcours de soins contre le cancer réaffirme que les soins palliatifs constituent une composante essentielle de soins oncologiques de qualité, notamment en matière de prise en charge de la douleur et des symptômes, de soutien émotionnel et spirituel, de communication, d’accompagnement des familles, de réadaptation et d’amélioration de la qualité de vie. Les soins palliatifs sont également ancrés dans la définition des soins infirmiers du CII, reflétant la responsabilité des infirmières et des professionnels de santé de soulager la souffrance, de promouvoir le bien-être et d’accompagner les personnes et leurs familles tout au long de la maladie.

Julia Downing, directrice générale de l’ICPCN, a déclaré :

« Les témoignages et les expériences vécues relatés dans ce rapport nous rappellent que le cancer n’est pas seulement une maladie qui touche les personnes âgées. Il affecte également les enfants et a des répercussions sur l’ensemble de leur famille. Les parents, les frères et sœurs et les aidants assument souvent une charge émotionnelle, pratique et financière considérable. Les soins palliatifs pédiatriques apportent un soutien essentiel aux enfants et à leurs familles dès le diagnostic, tout au long du traitement, pendant la phase de survie, ainsi que dans le cadre des soins de fin de vie et du deuil lorsque la guérison n’est pas possible. »

« Tout plan national de lutte contre le cancer doit inclure les soins palliatifs pédiatriques, l’accès au soulagement de la douleur, la présence d’infirmières formées au sein d’équipes pluridisciplinaires ainsi que des modèles de soins centrés sur la famille. La campagne “Close the Gap” de l’ICPCN appelle à rendre les soins palliatifs accessibles à tous les enfants dans le monde. L’équité en matière de lutte contre le cancer signifie garantir que chaque enfant, où qu’il vive, puisse bénéficier à la fois du meilleur traitement possible et des meilleurs soins possibles. »

Le CII, l’ISNCC et l’ICPCN appellent les gouvernements, les systèmes de santé, les organismes internationaux et leurs partenaires à donner suite au rapport de l’OMS en réalisant des investissements immédiats et durables dans le personnel infirmier et les équipes pluridisciplinaires impliquées dans la lutte contre le cancer, tout au long du continuum des soins.

L’avenir que nous choisissons ensemble doit être un avenir dans lequel les soins sont considérés comme aussi importants que la guérison ; dans lequel les infirmières et les autres professionnels de santé sont valorisés, soutenus, protégés contre l’épuisement professionnel et habilités à exercer un leadership ; et dans lequel les enfants et les adultes ont accès à des soins sûrs et efficaces, y compris des soins palliatifs, quels que soient leur lieu de résidence ou leurs moyens financiers.

Lire le rapport

WHO report

Le Conseil International des Infirmières (CII) est une fédération regroupant plus de 140 associations nationales d’infirmières, représentant les 30 millions d’infirmières dans le monde. Dirigé par des infirmières et à l'avant-garde des soins infirmiers au niveau international, le CII s'efforce de garantir des soins de qualité pour tous et des politiques de santé saines à l'échelle mondiale.

La Société internationale des infirmières en cancérologie (ISNCC) est une organisation internationale composée de leaders infirmiers en oncologie, engagée à améliorer la santé et le bien-être des personnes à risque de cancer ou vivant avec un cancer, à promouvoir le rôle des infirmières dans l’amélioration des soins contre le cancer et à développer le leadership infirmier dans la prestation des soins en cancérologie.

Le Réseau international de soins palliatifs pédiatriques (ICPCN) est la seule organisation mondiale œuvrant à améliorer l’accès aux soins palliatifs pour les plus de 21 millions d’enfants dans le monde qui en ont besoin. L’ICPCN est reconnu comme le leader mondial des soins palliatifs pédiatriques (SPP) et dispose d’une direction experte de renommée internationale, d’une riche gamme de ressources éducatives et d’un réseau de membres dans plus de 140 pays.