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Fidélisation et émigration des infirmières
Prise de position du CII: Le Conseil international des infirmières (CII) et ses associations membres croient fermement que la qualité des soins dépend directement de la mise à disposition d’un personnel infirmier qualifié et motivé. Des stratégies de fidélisation et de gestion des migrations d’infirmières doivent être déployées pour assurer la présence de ce personnel et répondre aux besoins individuels des infirmières.
Fidélisation Pour le CII, il est évident que la fidélisation des infirmières dans la pratique active joue un rôle critique, bien que souvent négligé, pour l'amélioration de la couverture des services de santé et de leur qualité et sécurité au niveau mondial. Le CII s’appuie sur des données factuelles démontrant les effets bénéfiques des environnements favorables à la pratique sur la fidélisation et la satisfaction des infirmières et, par conséquent, sur le travail en équipe, sur la continuité des soins et sur les résultats pour les patients. Le CII et les associations nationales d’infirmières qui en sont membres appellent les pouvoirs publics, les employeurs et les infirmières à accorder une attention urgente au problème de la fidélisation des infirmières et à agir rapidement dans ce domaine.
Migrations Le CII estime que les infirmières de tous les pays ont le droit de choisir la solution de l'émigration, quelles que soient leurs motivations par ailleurs. Le CII reconnaît les avantages potentiels que présentent les migrations, notamment en termes de possibilités d’apprentissage et d’enrichissement que procure une pratique multiculturelle. Cependant, le CII est aussi conscient de l’influence négative que l’émigration risque d’avoir sur la qualité des soins de santé dans des pays ou régions dépossédés de leur main-d’œuvre infirmière. Le CII estime que les migrations sont un symptôme du dysfonctionnement des systèmes de santé. Le CII condamne la pratique du recrutement d'infirmières étrangères par des pays dont les pouvoirs publics ne prennent aucune mesure de planification de leurs ressources humaines ni ne s’attaquent aux causes qui amènent les infirmières à quitter la profession et les dissuadent de la réintégrer. Le CII reconnaît les avantages des migrations circulaires et appelle à l’application de mécanismes d’aide aux infirmières émigrées qui souhaitent rentrer dans leur pays d’origine. Le CII appelle à la réalisation de recherches pour documenter l’impact des mouvements migratoires d’infirmières sur la qualité des soins prodigués, sur la demande en personnel infirmier et sur le niveau et la qualité de la formation. Action du CII À l’appui de sa prise de position sur la fidélisation et les migrations d’infirmières, le CII :
Le CII encourage en outre activement les associations nationales d’infirmières à :
Contexte : Au niveau mondial, la qualité des soins dépend de la disponibilité d’une main-d’œuvre infirmière qualifiée et en effectifs suffisants. Dans pratiquement tous les pays, les infirmières dispensent la majorité des services de santé – jusqu’à 80%% dans certains cas. Malgré cela, la plupart des États membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) signalent des pénuries, une mauvaise répartition et l'utilisation peu judicieuse de leurs ressources infirmières. Cette crise de main-d‘œuvre compromet la réalisation des objectifs des systèmes de santé et limite la capacité de la société à répondre aux attentes des citoyens. Problèmes d’offre et de demande Au plan mondial, un certain nombre de facteurs complexes liés à l’offre et à la demande en personnel soignant entraînent des déséquilibres dans la main d’œuvre infirmière. (La liste complète de ces facteurs figure dans la prise de position du CII relative au « Recrutement déontologique des infirmières », 2007). En résumé, la diminution des effectifs d’infirmières ne permet plus de répondre à l'augmentation de la demande en services infirmiers. Parmi les facteurs qui augmentent cette demande, citons : le vieillissement de la population ; le fardeau de plus en plus lourd des maladies chroniques et non infectieuses ; la réduction de la durée de séjour à l’hôpital, entraînant une augmentation de l’acuité des soins ; et l’extension du marché du travail. À cette augmentation de la demande est associée une diminution du nombre d’infirmières sur le marché. Les raisons de cette diminution sont notamment : le vieillissement de la force de travail infirmière ; la diversification des possibilités d’emplois ouvertes aux femmes ; la baisse des financements consacrés aux écoles d'infirmières et l’augmentation subséquente des frais à la charge des étudiantes ; la mauvaise image de la profession infirmière en termes de carrière ; et les conditions travail : surcharges, violence, stress, disparités salariales et faible implication dans la prise de décision. Pour remédier aux pénuries d’infirmières, certaines juridictions ont décidé de remplacer les infirmières par du personnel moins bien qualifié, une mesure que le CII estime constituer une menace pour la sécurité des patients. Sous prétexte de contraintes financières, certains gouvernements ferment des institutions de santé, gèlent les recrutements d'infirmières et réduisent le nombre de places d'étudiantes en soins infirmiers, et ce en dépit des besoins manifestes en services infirmiers.
Compétition en matière de ressources humaines pour les soins infirmiers Les pressions combinées de l’augmentation de la demande et de la diminution de l’offre ont exacerbé la compétition dans le recrutement d’infirmières, au niveau national et international. Jusqu'à présent, l'accent a porté sur les stratégies de recrutement et la recherche de moyens de contrôle de l'émigration des infirmières. Or, la mise en place de stratégies de rétention est au moins aussi importante et aussi efficace. Fidélisation. L’un des principaux obstacles à la fidélisation des infirmières réside dans la mauvaise qualité de leurs environnements de travail. C’est pour cette raison que l’on s’intéresse de plus en plus à l’instauration d'environnements favorables à la pratique. Ces environnements favorisent l’excellence du travail et la qualité des conditions d’emploi. En particulier, ils garantissent la santé, la sécurité et le bien-être du personnel soignant, promeuvent la qualité des soins et renforcent la motivation, la productivité et la performance individuelles et collectives. La recherche a montré que les infirmières veulent et peuvent rester dans leur emploi dans la mesure où les moyens leur sont offerts de progresser dans leurs carrières, de bénéficier de davantage d’autonomie et d’avoir leur mot à dire dans les prises de décisions, tout en recevant un salaire équitable[1]. En outre, la satisfaction des professionnels de la santé vis-à-vis de leurs conditions de travail entraîne une diminution des taux d’absentéisme et de turnover (avec diminution des coûts concomitante), l’amélioration du moral et de la productivité du personnel et le renforcement de la performance professionnelle générale[2]. Dans ce contexte, le terme d' « hôpital aimant » (magnet hospital) désigne généralement un établissement capable d’attirer et de retenir des infirmières bien qualifiées et de dispenser des soins de qualité. Les infirmières employées dans les « hôpitaux aimants » sont moins sujettes à l’épuisement et sont davantage satisfaites de leur travail ; ces établissements enregistrent d’autre part de meilleurs résultats pour les patients[3]. Les indicateurs spécifiques aux hôpitaux aimants et applicables à d’autres environnements de travail sont de nature aussi bien générale (réputation d'excellence dans la fourniture des soins) que spécifique (fort taux de fidélisation, faible de taux de rotation, effectif en quantité suffisante, horaires flexibles, direction engagée, salaires adaptés)[4]. Migrations. Tandis que l’on s’efforce de maintenir les infirmières à leurs postes, un phénomène international prend de l’ampleur : les migrations d’infirmières. Les infirmières tendent à migrer des zones rurales vers les zones urbaines, des quartiers à bas revenus vers les quartiers plus cossus, et des pays en voie de développement vers les pays industrialisés. Les infirmières ont toujours saisi les occasions de changer de pays à la recherche de salaires et conditions de travail plus attrayants, de nouvelles opportunités de carrière ou d’une vie meilleure. Cependant, les émigrations d’infirmières se sont accélérées, surtout des pays en voie de développement vers les pays développés, et il n’est pas prévu que cette tendance ralentisse. Les infirmières des pays en voie de développement sont souvent poussées à l'émigration par un ensemble de facteurs négatifs (« push ») dans leur pays d’origine tels que le salaire et les conditions d’emploi et attirées, à l’inverse, par l’existence de facteurs incitatifs (« pull ») dans les pays de destination : meilleurs salaires et conditions d'emploi par exemple. D’une manière générale, les migrations sont facilitées par : la mondialisation ; la libéralisation du commerce ; la facilitation des transports et des communications ; le recrutement actif pratiqué par certains pays développés confrontés à des difficultés internes en termes d’offre et de demande de main d‘œuvre. Les campagnes de recrutement agressives, et parfois contraires à la déontologie, sont de plus en plus fréquentes. (Voyez la prise de position du CII sur le « Recrutement déontologique des infirmières ».) Pour les pays en voie de développement, le fait de perdre leurs infirmières qualifiées au profit des pays développés est un obstacle majeur au renforcement de leurs systèmes de santé. Cette perte compromet en outre la réalisation des objectifs de santé nationaux et internationaux. Au niveau des pays développés, les campagnes de recrutement massif d’infirmières étrangères ont pour effet de retarder l’application des mesures qui permettraient d'améliorer le recrutement, la fidélisation et la planification à long terme des ressources humaines. Le CII défend le droit des infirmières de se consacrer à leur développement professionnel et d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Les mouvements de carrière permettent généralement aux infirmières d’atteindre des objectifs de carrière personnels. Ils renforcent la profession infirmière en élevant le niveau de compétence de ses membres. Cependant, il existe aussi des preuves du fait que les mouvements de carrière peuvent avoir des effets négatifs sur la vie professionnelle des infirmières ainsi que sur leurs conditions de retraite. Par exemple :
Le développement de carrière du personnel infirmier doit évoluer dans le contexte global du système de santé et doit permettre une mobilité professionnelle horizontale aussi bien que verticale. Les structures de carrière ouvertes aux infirmières sont insuffisantes dans de nombreux pays. Certains gouvernements ne sont toujours pas parvenus à résoudre nombre de problèmes, pourtant clairement identifiés, ayant trait aux horaires de travail, à la formation continue, aux programmes de réinsertion, aux niveaux de dotation en personnel, à l'attitude des administrateurs, à la sécurité, au logement et aux services de soins de jour. De nombreuses infirmières recrutées sur le marché international indiquent qu’elles auraient préféré rester chez elles, au sein de leur culture et près de leurs familles et amis, plutôt que d’émigrer. Pour que les mouvements d'émigration diminuent de manière importante, il faut améliorer la qualité de la vie professionnelle dans de nombreux pays. En outre, il n’est ni rentable ni conforme à la déontologie de procéder à des recrutements agressifs d’infirmières, ou d’étudiantes en soins infirmiers, au sein de systèmes de santé ou infirmiers déjà dysfonctionnels. Les États devraient se fixer pour objectif de disposer en permanence de la capacité de générer la main-d’œuvre infirmière dont ils ont besoin. Les États devraient s’assurer un niveau stable de prestataires de santé nationaux, capables de répondre aux besoins de santé locaux, tout en sachant tirer parti de la contribution de professionnelles de la santé recrutées au niveau international. Le Conseil international des infirmières réaffirme son soutien aux principes de la Déclaration d'Alma Ata[5] et rappelle leur pertinence pour tous les pays, quel que soit leur stade de développement économique et social. Le CII s'engage pour une approche de la pratique infirmière qui tienne compte des sensibilités culturelles ; qui encourage la compétence culturelle des infirmières ; qui garantisse leur sécurité ; et enfin qui permette d'assurer un traitement équitable pour tous les patients, indifféremment de leur race, origine ethnique, culture, mode de vie ou pays d'origine.
Adoptée en 1999 Révisée et réaffirmée en 2007
[1]
Irvine &
Evans 1995; Shields & Ward 2001, in Conseil international des
infirmières (2004). La pénurie mondiale d’infirmières diplômées : aperçu
des problèmes et solutions, par James Buchan et Lynn Calman pour le CII,
Genève, Suisse : Conseil international des infirmières, 34.
[2]
Conseil
international des infirmières (2007). Environnements favorables à la
pratique : qualité au travail = soins de qualité. Paquet d’information et
d’action, par Andrea Baumann pour le CII. Genève, Suisse :
Conseil international des
infirmières (http://www.icn.ch/indkit2007.pdf).
[3]
Aiken et
al.
(2002).
‘Hospital
nurse staffing and patient mortality, nurse burnout, and job
dissatisfaction.’
in
Journal of the American Medical Association, 288, 1987-1993.
[4]
Havens DS & Aiken LH (1999). Shaping systems to promote desired outcomes.
Journal of Nursing Administration, 29(2), 14-20; McClure et al.
(1983). Magnet hospitals: attraction and retention of professional nurses. Kansas
City, MO: American Academy of Nurses; Scott J, Sochalski J & Aiken L (1999).
“Review of magnet hospital research: findings and implications for
professional nursing practice.” Journal of Nursing Administration, 29(1),
9-19.
[5]
Organisation mondiale de la santé, Déclaration d'Alma Ata sur les soins
de santé primaires, 1978.
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